Charles Dupuy Montbrun (1530-1575)

Charles Dupuy Montbrun (1530-1575)

Charles Dupuy (ou Du Puy), seigneur de Montbrun et grand capitaine, est né au château de Montbrun vers 1530. Il est issu d'une des plus anciennes familles du Dauphiné, qui portait à l'origine le nom de « de Podio ». Il est le descendant de Raymond Du Puy, Premier Grand Maître de l'Ordre de Malte. Gentilhomme, il est surtout connu en tant que redoutable capitaine huguenot durant les guerres de religion du XVIème siècle, et chef des protestants du Dauphiné avant François de Bonne, 1er Duc de Lesdiguières.

Très jeune, Charles fait ses premières armes en Italie dans la compagnie de son père, Aymard Du Puy, qui fût gouverneur de Marseille et lieutenant du roi en Provence. En 1551, il est nommé guidon de la compagnie par le maréchal de Brissac, et s’en va guerroyer également en Flandre pendant six ou sept ans. Charles combat vaillamment et prend glorieusement part aux guerres du règne d’Henri II. Blessé lors d’un combat au visage, il en garde trace toute sa vie ainsi que le surnom de « Charles le Balafré ». Entre temps, il épouse en 1553 Justine Alleman, fille de François Alleman et de Justine de Tournon.

De retour en Dauphiné vers 1558, il rentre sur ses terres où il apprend qu’une de ses sœurs, Jeanne Du Puy, s’est retirée à Genève pour y pratiquer la Réforme. Transporté de colère, il la rejoint avec la ferme intention de la ramener à la foi de ses pères ou de lui ôter la vie. Mais sa sœur est alors entrée en « discours avec luy […] et le gagna ». D’autres disent que Charles a été séduit par les prédications de Théodore de Bèze.

Charles le protestant. Rentrant à Montbrun, plus Huguenot que Calvin lui-même, Charles s’empresse d’abolir le culte catholique dans la paroisse et de transformer l’église en temple protestant. Il y installe le pasteur Pierdouin et pousse sa ferveur religieuse jusqu’à la violence vis-à-vis de ses vassaux pour en faire des prosélytes. C’est à coups de bâton qu’ils étaient obligés de venir « ouïr » le prêche du pasteur. Mais plus épris d’indépendance féodale que par les querelles religieuses, Charles le Brave, fortifie son château, arme ses paysans et fait appel à des soldats étrangers et ses proches voisins pour se mettre en état de révolte ouverte.

Instruit de ses projets, le Parlement de Grenoble charge le prévôt des maréchaux d’arrêter le révolté, mais c’est finalement Charles qui fait prisonnier le prévôt vers Reilhanette et l’enferme dans ses cachots. Mis en demeure de relâcher le prisonnier par le lieutenant général en Dauphiné, Lamothe-Gondrin, Charles refuse et lance des représailles sur tout le Comtat. En 1560, il s’empare de Malaucène, qu’il pille, puis d’Orpierre, où il massacre les prêtres. Il marche ensuite à la rencontre de Lamothe-Gondrin et taille en pièce son avant-garde avant de s’incliner finalement au combat face au lieutenant.

Les guerres de religion. Obligé de se retirer à Mérindol en Provence, il regagne difficilement Genève par la Savoie, en compagnie de sa femme, et s’y réfugie quelques temps. Pendant son absence, les fortifications de son château sont détruites, certains de ses partisans pendus et leurs maisons abattues sur ordre du Comte de Suze, à la fin du mois d’octobre. Le bruit des succès du Baron des Adrets ramène Charles Du Puy en France. Il rejoint le farouche baron à Valence et l’accompagne à Lyon, puis part dépouiller les églises de Chalon-sur-Saône avec 500 arquebusiers (mai 1562). Revenu en Dauphiné avec des Adrets, il prend part au siège de Pierrelatte, où les hommes sont précipités du haut des murailles (juin 1562). Quelques jours plus tard, il s’empare de Mornas, massacre toute la garnison et jette les cadavres au Rhône. De là, le "Brave Capitaine" approche Bollène où il bat le Comte de Suze, qui le bat à son tour devant Valréas. L’armée huguenote en sort fort dépouillée. Mais peu de temps après, elle est avec des Adrets devant Carpentras. Le siège ne dure que quatre ou cinq jours puis Charles part dans l’idée de secourir Sisteron mais est finalement mis en déroute une fois de plus par le Comte de Suze à Lagrand (septembre 1562). Quatre mois après ce dernier échec, Charles arrête le Baron des Adrets à Romans, devenu suspect à son parti. L’intrépide capitaine tente ensuite, en vain, de s’emparer d’Orange par surprise. Cette défaite ainsi que la paix d’Amboise promulguée le 19 mars 1563 le plongent dans l’inaction pendant cinq ans.

Après ce repos forcé, le vaillant capitaine part à Genève prendre le commandement de troupes pour contrer le duc d’Albe, qui se rendait au Pays-Bas pour y réduire les religionnaires. Nous sommes au mois d’août 1567. Deux mois plus tard, Charles part secourir les protestants du Languedoc avec d’autres troupes. La guerre s’étant totalement rallumée, Charles Du Puy, à la tête de dix compagnies d’infanterie et d’une de cavalerie, décide de mener campagne et participe aux batailles de Jarnac et Montcontour, "où il fit des prodiges de valeur." Parti de sa province vers la fin de 1568, Charles accompagna l'amiral de Coligny à travers l’Auvergne et le Vivarais, pour un périple dont l’histoire se souvient encore. Il ne rentre chez lui qu’en mars 1570, faisant au passage du Rhône quelques prodiges avec les débris de son armée, face aux troupes du Marquis de Gordes, "qu'il blessa de sa propre main."

Il vit retiré sur ses terres, quand la Saint Barthélémy vient attiser ses justes pressentiments et lui remet les armes en main. Il sort de sa retraite en avril 1573 et avec l’aide de nombreux compagnons de guerre, s’empare d’une foule de places : Orpierre, Serres, Vif, Mens, Pontaix, Saillans, Sahune, Condorcet, Nyons, Vinsobres, Ménerbes, Livron, Loriol, Allex, Grâne, Roynac, Dieulefit, Soyans et Chabeuil.

En mai 1574, il taille en pièce une partie de l’armée du gouverneur de la province, non loin du Pont-en-Royans puis tente sans succès de surprendre Die. C’est à cette époque que Charles répond à Henri III que « les armes et le jeu rendent les hommes tous égaux et qu’en temps de guerre, lorsqu’on a le bras armé et le cul sur la selle, tout le monde est compagnon ». Possible corollaire au pillage des bagages du futur roi près du Pont-de-Beauvoisin en septembre 1574, on a plus de raison de croire qu’il s’agit d’une réponse de Montbrun à la lettre d’Henri III qui le mettait en demeure de libérer les places dont il s’était emparé. Dans tous les cas, fort irrité par une telle réponse, le roi ordonne au maréchal de Bellegarde de reprendre le siège de Livron, mais en vain. En janvier 1575, après un mois de siège, l’armée royale doit se retirer. Suivant son objectif premier, Du Puy Montbrun se dirige alors du côté de Die, défendue par Glandage. Il s’empare d’abord du château du Saix, dans le Gapençais, puis de La Motte-Chalancon en mai 1575, où les habitants sont presque tous tués et le gouverneur torturé. Il prend ensuite Saint-André-de-Rosans et met finalement le siège devant Châtillon. Le Marquis de Gordes accourt au secours de cette dernière place avec 22 compagnies suisses et quelques autres troupes. Totalement mises en déroute par le chef huguenot, le Marquis de Gordes demande de nouvelles troupes à Romans.

La fin. Accablé par le nombre au pont de Blacons, Charles reçoit une arquebusade au genou puis une autre au coude. Il est finalement fait prisonnier par un parent, le sieur de Rochefort et transporté à Crest, où on le soigna. De là, il est mené à Valence puis le 29 juillet 1575, à Grenoble. Malgré les démarches faites en sa faveur, par sa femme qui offrait de rendre Livron ou Serres contre la liberté de Charles ou par la noblesse protestante de la province, menaçant de représailles, le Parlement prononce la sentence. L’arrêt rendu le 12 août 1575, l’accuse de lèse-majesté et le condamne à être conduit par l’exécuteur de la haute justice depuis les prisons de la Gouvernerie jusqu’à la place du Malconseil (actuelle place aux Herbes de Grenoble) et d’y avoir la tête tranchée sur un échafaud. Tous ses biens sont confisqués, ses enfants déclarés ignobles roturiers et incapables de succession et de tenir états, offices ou dignités au royaume de France et en Dauphiné.

Charles Du Puy Montbrun est exécuté le lendemain par le bourreau Maître Vermeil, qui doit s’y prendre par trois fois pour trancher cette célèbre tête avec sa hache de 20 kg. Cette exécution ajoutant l’auréole du martyr à sa réputation militaire, fait de lui l’une des plus grande figures de son parti. Un édit de mai 1586 casse l’arrêt du 12 août et réhabilite la mémoire du capitaine, confirmé par un arrêt du 17 février 1648.

Descendance: Jean-Allemand Du Puy, son fils, fut fait conseiller d'état par "brevet du 10 Juin 1612"; il fit ériger en marquisat les "terres de Montbrun, Ferrassières, Saint-André & autres, par Lettres-Patentes de février 1620" il fut fait Général de la Cavalerie du Languedoc par brevet du 16 Septembre 1622 II eut de son mariage avec Lucrèce de la Tour quatre fils: Jean Seigneur de Ferrassières dit le Comte de Montbrun qui fut Lieutenant Général; Alexandre Marquis de Saint André Seigneur de la Nocle & de Saint Maurice fut fait Lieutenant Général et Gouverneur du Nivernois en 1648 II n y avait alors que six Lieutenants Généraux en France II fut fait peu de temps après Capitaine Général grade qui fut créé exprès pour lui donner le Commandement sur tous les autres Lieutenants Généraux Ayant servi avec distinction dans les armées de Piémont et de Catalogne îl crut pouvoir prétendre au bâton de Maréchal mais le Cardinal Mazarin s'y opposa parce qu il était protestant et que Charles Du Puy Montbrun, "son aïeul s'était rendu redoutable dans ce parti". Il quitta le service de France par mécontentement et passa à Venise où fut fait Généralissime des Troupes de terre de cette République. René qui fut Maréchal des Camps et Armées du Roi et enfin Charles René Marquis de Montbrun "hommagea les Terres en l'année 1645 II fut Lieutenant Général des Armées du Roi."

Anecdotes (où légendes ...?): Grand rançonneur et pilleur pour financer ses campagnes, Charles n’épargne pas ses voisins et se présente un jour aux portes de la ville de Sault. Les habitants pris dans une embuscade dans un bois voisin, sont taillés en pièce, laissant Sault livrée au pillage. L’histoire raconte que Du Puy s’empare jusqu’à la cloche de l’église pour la rapporter au bourg de Montbrun. Dès lors, le jour de l’Ascension, on chante les vêpres des morts après les vêpres solennelles en l’église de Sault.

Dans la plaine, en contrebas du village se trouvait un couvent (à l’emplacement du cimetière actuel de Montbrun) érigé par les Templiers mais dépendant au moment des faits qui nous intéressent de l’abbaye de Saint-André-les-Avignon. Un jour que Charles se promène sur la terrasse de son château, il aperçoit un moine bénédictin aux abords du cloître. Avec une carabine, il couche en joue le malheureux et l’abat de sang-froid. Le drame provoque la fuite des autres moines et Charles en profite pour s’approprier tous leurs biens. C’est bien plus tard, lorsque le calme revient à Montbrun, que l’abbaye les réclame devant les tribunaux. C’est Jean Du Puy, le fils de Charles qui règle l’affaire à l’amiable en gardant les biens, à condition de verser une redevance de 450 francs par an aux religieux. Celle-ci a été versée jusqu’à la révolution (1790).

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Légende de l'illustration: gravure sur cuivre attribué à Franz Hogenberg, représentant "La rencontre des deux armées francoises faite au passage de la riviere du rosne avec légende allemande " le 28 Mars 1570. Extrait de la biographie du Dauphiné (Adolphe Rochas 1856): "Montbrun prit part à cette expédition à la tête d un régiment de dix enseignes et d un cornette de cavalerie. Il se trouva aux batailles de Jarnac 13 mai 1569 et de Montcontour 3 octobre Après cette dernière affaire, ses soldats découragés par deux défaites successives et regrettant comme on l'a dit le foyer domestique, témoignèrent le désir de revenir dans leurs montagnes où une guerre de partisans leur offrait plus de chances de succès. Il se mit en marche le 14 oct suivi des restes de ses troupes échappées au typhus et aux désastres de la campagne traversa l'Auvergne et le Vivarais attaqué par les garnisons catholiques traqué par les paysans au son du tocsin passa le Rhône malgré de Gordes (28 mars 1570) et rentra en Dauphiné affaibli mais non vaincu après une retraite dont l'histoire eût tenu compte aux jours moins remplis d événements."

Charles Dupuy Montbrun (1530-1575) Charles Dupuy Montbrun (1530-1575) Charles Dupuy Montbrun (1530-1575)

Publié le: 12 août 2010

Dernière modification le: 15 juin 2011

Auteur: OT Montbrun (Marie Dejou & JP)

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