Histoire des Thermes et du Thermalisme

Histoire des Thermes et du Thermalisme

A l'occasion de la re-ouverture de la station thermale valvital de Montbrun les Bains, nous vous proposons un article résumant l'histoire des thermes et du thermalisme. Ce document a été rédigé par Filipe Quinta Moreno, alors étudiant a l'école d'architecture et de design ATHENAEUM (Lausane, Suisse), dans le cadre d'un projet de diplôme en 2001.

Définition de Thermes : du grec thermos (chaud). Etablissement de bains public anciens. Etablissement thermal où l’on fait une cure, où l’on vient prendre des eaux ayant des vertus médicinales.

Le thermalisme ou fréquentation des sources minérales et thermales, est une méthode thérapeutique existante depuis des milliers d’années en même temps qu’un phénomène socio-économique. Il regroupe l’ensemble des moyens médicaux utilisés pour exploiter les eaux de sources.

Les eaux de sources naturelles douées de propriétés thérapeutiques sont des eaux médicinales. Elles sont généralement nommées eaux minérales bien que toutes les eaux terrestres soient minéralisées et que certaines d’entre elles, utilisées pour la médecine, soient d’une minéralisation très faible. Leurs qualités viennent du parcours souterrain qu’elles effectuent dans les entrailles de la terre qui les charge des vertus supplémentaires. Elles acquièrent ainsi des qualités presque " humaines " : la mobilité, la chaleur et également une rare pureté qui leur confère par conséquent un rôle purificateur.

Le bain thermal exploite directement une ressource naturelle - les eaux thermales – sur le site où elles sont disponibles et se trouve ainsi en rapport avec la nature. Pour exploiter ces eaux il faut bâtir sur place où il y a source. Voilà pourquoi le lien entre le bâtiment et le lieu est très étroit, je dirais que le lieu impose le bâtiment, il lui dicte les règles D’une certaine manière le bâtiment appartient au lieu.

LES BAINS GRECS ET ROMAINS

L’histoire des bains dans l’Antiquité commence avec le gymnase grec. Avec l’introduction des zones d’eau et bains pour l’hygiène dans le programme, le gymnase prend un contexte social et architectural primordial dans les premières formes de bains communales dans l’Antiquité.

Les zones d’eau deviendront la partie fondamentale dans le gymnases non seulement pour se nettoyer mais pour prendre du plaisir et se détendre avant et après l’exercice physique. C’est les bains grecs qui ont inspiré les premiers bains romains qui incorporent l’exercice physique comme élément fondamental de leur pratique.

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Le gymnase et les bains ont subi un développement parallèle et complémentaire. Le gymnase a été conçu à l’origine comme une institution pour les militaires, pour l’entraînement de jeunes athlètes et pour développement artistique et intellectuel du peuple. Les bains dans le gymnase prennent un rôle de liaison entre la partie physique pratiquée dans la palaestra et la discussion philosophique qui avait lieu a l’exedra.

C’est dans la seconde moitié du IV ème siècle av.J-C que le gymnase grec se développe dans son plan type qui comprend deux éléments principaux : un bâtiment en forme de péristyle avec des salles autour d’une colonnade délimitant la cour de la palaestra, et une extension avec des pistes de course. C’est cette organisation spatiale qui semble être la solution la plus développée pour le gymnase et pour la palaestra.

Par la suite, les pistes de course et de promenade couvertes deviendront les éléments principaux du gymnase et se trouveront en dehors de la palaestra. Leur relation avec la palaestra est flexible et dépend de la nature du terrain.

Déjà au Xème siècle av.J-C, des conflits entre l’éducation du corps et de l’intellect commencent à apparaître, rendant difficile de maintenir le concept de base des gymnases. C’est surtout à partir du ler siècle av.J-C que des changements importants auront lieu dans les gymnases : Il se transforme graduellement par l’introduction des bains d’eau chaude. Deux facteurs ont été décisifs pour ce changement ; le déclin de l’idéal athlétique en faveur de la santé intellectuelle et la croissance de la popularité des bains chauds et de l’hydrothérapie. C’est cette nouvelle tendance de lier l’exercice physique aux bains qui va servir de modèle a la culture romaine.

Les zones de bains dans la palaestra étaient destinées à l’usage des athlètes et des visiteurs du gymnase, mais depuis le Xe siècle av.J-C il existait déjà des bains publics dans les centres urbains Une des caractéristiques de ces bains était une adaptation architecturale aux formes naturelles de cavernes et rochers. Depuis toujours les bains grecs montrent une très claire définition fonctionnelle dans leurs plans, mais l’organisation spatiale en fonction de la sera plutôt le fait des romains.

Le système d’eau chaude dans les bains grecs était extrêmement simple jusqu’au l er siècle av.J-C. Il n’existait pas de processus mécanique, il était suffisant de chauffer la salle avec la simple vapeur de l’eau chaude des baignoires ou avec du bois. Plus tard un nouveau et plus sophistiqué système est mis au point par le réchauffement de fours et en laissant circuler la chaleur a travers les murs des salles qui étaient chauffées à la température désirée.

http://www.montbrunlesbainsofficedutourisme.fr/station-thermale/bains-romains.jpgA cette période, les thermes vont évoluer et s’adapter au style de la vie romaine. Les romains, comme les Grecs, soutenaient que " il faut jouer beaucoup pour pouvoir travailler beaucoup ". Rome est la première ville a grande échelle possédant la majeure partie de sa population dépendant de l’Etat. La société était censée sauvegarder la santé et le bien-être du peuple. Ce principe est fondamental car à partir d’ici les thermes sont considérés comme services publics et ainsi non payables et ouverts à tout le monde. À part des constructions faites pour la gloire de l’empire, les plus grands complexes étaient bâtis pour accueillir les thermes, aussi désignées par les empereurs comme les " palaces du peuple ".

Une autre sorte de bains sont les " balneae ", qui se différencient des thermes par leur taille plus réduite et leur caractère privé. Leur implantation s’adapte à l’espace disponible dans la ville et parfois doit partager des murs avec des constructions déjà existantes, au contraire des thermes qui occupaient des grandes extensions spécialement destinées à leurs construction.

Les établissements romains étaient connus comme des thermes dans lesquelles les bains se mélangeaient avec l’exercice physique. De là va apparaître un nouveau type de bâtiment et institution ou le bain joue un rôle aussi important que la palaestra. Dans ce bâtiment les bains chauds et les éléments de la palaestra s’associent. Les Grecs à leur tour ont transformé le gymnase par l’emphase donné à leurs zones de douche et par la construction des bains chauds à une plus grande échelle.

La palaestra de Herculaneum semble être une interprétation romaine de la palaestra grecque qui veut fonctionner indépendamment des bains. Je dirais que sa forme et utilisation fonctionnent comme un intermezzo entre le quadriporticus hellénistique et les thermes impériaux. Comme dans le type des bains pompéien, la palaestra tient une importance plus modeste dans l’ensemble du bâtiment.

Les thermes impériaux étaient d’énormes complexes destinés non seulement à accueillir toute sorte de bains, mais on y trouvait également des salles de lecture, bibliothèques, portiques jardins, palaestra et pistes de course pour la pratique d’exercices physiques. Un de ces exemples sont les thermes de Caracalla à Rome. Le bloc qui contient (abrite) les bains évolue dans le croisement de deux axes principaux : l’axe nord-sud qui comprend la natio-frigidarium-tepidarium-caldarium, 1’axe est-ouest dont le frigidarium se trouve au centre et les palaestra dans les extrémités. Ces plans axiaux et symétriques permettaient une utilisation rationnelle du bâtiment. Cette composition symétrique est une simple duplication des espaces permettant de fermer un côté pour son nettoyage pendant que l’autre côté était utilisé normalement. De plus, pendant les périodes de crise, il était possible de gérer les thermes avec la moitié des coûts.

Les romains vont donner une preuve de leur avance technique en faisant circuler l’air chaud en dessous du sol ce qui permettait de chauffer les salles à des températures désirées. Le sol était composé des plaques tenues par des hypocaustes (d’où le non du système). L’air pouvait aussi circuler au long des murs dans les tubulare. Les thermes romains incluent les mêmes éléments que ceux des Gymnases grecs, mais vont subir une transformation au niveau des dimensions et les bains vont prendre une partie plus importante.

Leurs principaux éléments sont le :

  • Tepidarium : la température était agréable et c’est la salle plus grande et luxueuse dans les thermes.
  • Caldarium : la salle la plus chaude.
  • Laconium : salle très chaude et de petite dimension.
  • Apodyterium : se situent normalement à côté des entrées et fonctionnent comme vestiaires.
  • Frigidarium : le petit bassin d’eau froide utilisée par les Grecs se transforme ici en une énorme piscine extérieure.
  • Terrain de sport : comme la palaestra des grecs, les romains ont maintenu un espace pour la pratique du sport, mais ses dimensions ont augmenté énormément.
  • Librairie : l’exedra est aussi maintenue comme endroit pour discuter. C’est sa position qui a changé, elle est transférée à l’extérieur pour que l’on puisse parler en toute tranquillité.

Les thermes étaient destinées à une utilisation quotidienne et son processus était :

  • D’abord les exercices physiques dans la palaestra pour stimuler la circulation sanguine.
  • Ensuite les bains.

La fonction principale du tepidarium est la relaxation, après le sport un repos d’une demi-heure est fait dans cette ambiance de splendeur pour aller ensuite au très chaud caldarium en finissant par un bref passage au laconicum, une salle d’atmosphère très sèche et chaude qui atteint 70°c. Après ce passage, enfin, le nettoyage et les massages, pour plonger dans la grande piscine d’eau froide du frigidarium qui ferme ce procès de régénération corporelle.

LES BAINS ISLAMIQUES

http://www.montbrunlesbainsofficedutourisme.fr/station-thermale/bains-Yegu.jpgDans la culture islamique, l’homme peut être revitalisé de diverses façons : par la purification de quelques organes du corps, par la prière ou par les bains.

Le hammam est considéré comme complémentaire a la mosquée. C’est dans le hammam que l’ablution est faite, la purification du corps à travers l’eau, spécialement après l’acte sexuel et avant les rituels religieux qui avaient lieu dans la mosquée. Dans cette période les bains publics continuent à être considérés comme un service fourni et maintenu par l’Etat (Beit-el-mal). Cependant il y en a qui sont pris en compte par le privé et cela est considéré comme un acte de charité. Les bains publics garderont leur aspect et seront toujours entretenus de la même façon jusqu’à la fin du XIXe siècle. Quand les Musulmans commencent à bâtir ces premiers bains dans le VIIIème siècle, ils adoptent l’exemple romain trouvé en Syrie et l’adaptent à leurs besoins.

http://www.montbrunlesbainsofficedutourisme.fr/station-thermale/bain-turc.jpgLe bain islamique commence par un bain à air chaud qui se transforme par la suite en bain à vapeur. Des chambres à vapeur à des températures très élevées se succèdent. Le bâtiment devient plus petit que celui des romains et se compose de deux parties principales : froide et chaude. Leur système de réchauffement devient une simplification des bains romains. Les bains turcs sont ainsi une continuation des bains romains adaptés à une nouvelle civilisation.

L’articulation des espaces circulaires dans une géométrie composée de niches et d’alcôves se révèle comme une réflexion sur la forme vers la fin de l’architecture dite " antique ". Dans les bains Islamiques, la palaestra romaine qui servait aux activités sportives et la piscine d’eau froide, soit le frigidarium, va disparaître parce que l’Islam considère comme peu hygiénique qu’une personne se baigne dans l’eau déjà utilisée par d’autres personnes.

Ceci est un pas important dans le processus de transformation d’une institution qui s’adapte aux besoins d’une nouvelle culture et géographie. La mosquée est l’espace pour la religion, l’enseignement et la culture intellectuelle ce qui transforme l’exèdre romaine qui était un simple lieu avec des lits pour la relaxation. Les chambres à air chaud vont êtres modifiées pour s’adapter au climat de l’Islam.

Les principaux composantes des bains turcs sont :

  • Maslak : C’est l’apodyterium qui prenait le rôle de vestiaire dans les thermes romains. Il est maintenant la halle froide des bains islamiques d’une énorme richesse architecturale avec ses murs ornementés de délicats dessins.
  • Beit-el-Harara : La halle chaude des bains islamiques. Elle atteint une importance supérieure à celle du caldarium. Normalement, de petites salles annexes communiquaient avec le Beit-el-Harara pour devenir de petits bains privés. Au centre de la salle principal, un sofa polygonal servait à recevoir des massages et des étirements musculaires. Il faut dire que le Beit-el-Harara devient la partie architecturalement la plus intéressant des bains islamiques.
  • Le tepidarium : La plus grande et luxueuse salle des thermes romains qui dans les bains islamiques devient un simple passage.
  • Maghtas, le laconicum : La salle plus chaude et sèche, devient un bain à vapeur dans le hammam avec une piscine au centre.

L’utilisation des hammams était faite de la façon suivante : D’abord le baigneur se dirigeait vers le Maslak (halle froide) pour se relaxer, pour ensuite aller vers le Beit-el-Harara (Halle chaude). Dans cette partie, le personnel accueille le baigneur pour le masser, l’étirer et lui frotter la peau pour le nettoyage corporel. C’est cette activité qui prend la place des exercices physiques pratiqués dans la palaestra. Après ce rituel de nettoyage et étirements musculaires, le baigneur se dirige vers les petites salles annexes, le maghtas, pour transpirer en hiver et se refroidir en été Ce parcours dans le hammam se termine avec un retour au maslak pour se reposer et retourner au monde extérieur.

LE THERMALISME OCCIDENTAL MODERNE

Le thermalisme européen entre dans une longue période d’hibernation qui commence avec la venue des barbares au IVème siècle et se termine vers la moitié du XVIIIème siècle.

Après l’euphorie thermale britannique de la fin du XVIIIe siècle, les constructions acquièrent une dimension monumentale, les parcs gagnent en surface et en complexité. Les établissements de bains se sont perfectionné avec de nouveaux hôtels, salles de bal et des casinos. Tous ces facteurs ont contribué à la définition d’un nouveau modèle urbain.

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L’établissement thermal devient l’édifice le plus grand, tandis que les sources sont abritées par des pavillons plus petits. En Allemagne Baden-Baden est un important exemple d’architecture thermale avec la galerie du pavillon de la source ou la maison de conversation réalisée en 1840 par Friedrich Weinbrenner. (1)

La partie médicale prend un grand essor dans ces stations et cela concerne aussi l’hydrothérapie et l’hygiène. En raison du succès réel de la thérapie et de leur rôle central dans cette nouvelle organisation sociale les médecins vont commencer k prescrire ces cures thermales pour toutes les maladies dont la guérison ou l’amélioration peuvent être obtenues à travers le traitement par l’eau. En France aussi, le goût de Napoléon III et de sa famille pour les villes d’eaux joue un rôle déterminant dans le nouvel essor que le thermalisme français connaît a partir de 1850 (Thonon-les-bains, Dax, Vittel...).

Le nombre de stations qui prospèrent durant cette période est impressionnant. Le sommet de cette renaissance est atteint à Vichy vers la fin du siècle avec la réalisation des projets de l’architecte Charles Lecoeur. Vers la fin du XIXe siècle, des changements de toutes sortes se poursuivent à un rythme accéléré. Cette époque de prospérité se manifeste entre autre, par une notable diversification des formes de l’architecture, de l’art plastique, de la musique etc. Le public de la ville est dépensier, plein de vitalité et en quête de loisirs.

La Belle Epoque s’achève au moment ou la majorité des pays européens se voit happés par la grande guerre. Son éclatement en 1914, signifie la fin d’une longue époque de prospérité pour les villes d’eaux. L’immédiat après-guerre connaît un regain d’activité dans les villes d’eaux, dans la même mesure ou l’on veut oublier les terribles années de front et retrouver le goût de la fête. Mais à l’arrivée de la deuxième guerre mondiale, ces années de folie passent et de nouveau les thermes sont oubliées.

Au Portugal, le thermalisme suit une tendance tout à fait identique au reste de l’Europe avec cette euphorie dans les années 20 et 30 pour tomber en ruine dans les années 40.

Après la seconde Guerre mondiale, la reconstruction de l’Europe se fait dans le souci de pallier au plus vite possible les carences les plus graves. Les villes thermales, dont une bonne partie s’était développée entre deux guerres comme stations de luxe, ne sont plus utilisées dans un premier temps que comme structures médicales.

A partir des années 1980 l’éveil d’une véritable curiosité vers le thermalisme s’associe à un intérêt croissant pour la richesse du monde thermal. Dans ces années l’architecture thermale réussit de nouveau à proposer quelques projets innovants, tel que Dax de Jean Nouvel, Aix-les-bains de Stanislas Fiszer ou de Vals (Suisse) par Peter Zumthor.

Texte et documentation: Filipe Quinta Moreno, avec l'aimable autorisation de l'école d'architecture et de design ATHENAEUM, Tous droits de copies réservés

* renvoi (1)C'est en 1865 que le Marquis de Surez d'Aulan fit construire le premier établissement thermal de Montbrun les Bains sur le modèle des thermes de Baden Baden. Ce bâtiment est de nos jours une résidence hôtelière de standing , plus connu sous le nom de "Château des Gipieres"

Histoire des Thermes et du Thermalisme

Publié le: 23 mars 2008

Dernière modification le: 23 mars 2008

Auteur: Filipe Quinta Moreno

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